Ils n’ont pas été à court de solutions pour autant, même s’ils ont reconnu la difficulté de leur mise en œuvre.
"Je n’exagère pas en disant que la presse arabe est témoin d’une des pires périodes de son existence", a déclaré Salaheddine El Hafez, Vice Rédacteur en chef du journal égyptien Al Ahram et Secrétaire Général de l’Association des Journalistes arabes. "La marge de liberté de la presse arabe est sévèrement limitée et nous en avons des preuves dans notre vie quotidienne."
Cette conférence deux jours, qui s’est terminée lundi, examinait la façon de soutenir le développement de médias professionnels indépendants au Moyen-Orient.
Les orateurs ont témoigné des obstacles divers et croissants qui entravent le développement de la presse arabe : répression, législation draconienne, censure et autocensure, illettrisme et sectarisme, mauvaise formation, manque de ressources, et autres.
"Les dirigeants arabes, quelles que soient leurs différences, sont d’accord sur une chose : ils considèrent tous la presse arabe comme leur ennemi juré", a affirmé Jamal Amer, Rédacteur en chef d’Al Wasat au Yémen.
Et les problèmes ne proviennent pas uniquement des dirigeants arabes. "Je m’autocensure encore, non pas peur d’une punition de l’Etat, mais pas crainte des réactions de la rue", a dit Ahmed Benchemsi, Editeur et Directeur général de Tel Quel au Maroc. "Je peux défier l’Etat. Mais défier la population, c’est beaucoup plus difficile, quand vous avez des milliers et de personnes qui descendent dans la rue et qui peuvent attaquer votre journal."
La conférence était axée sur quatre domaines clés : le danger physique auquel sont exposés les journalistes ; les lois et les réglementations répressives ; la censure et l’autocensure ; et la façon d’atteindre l’indépendance économique et la viabilité financière. Les orateurs venaient d’Algérie, du Bahreïn, d’Egypte, d’Iraq, de Jordanie, du Liban, du Maroc, de Palestine, de Tunisie, des Emirats Arabes Unis et du Yémen. Vous trouverez le programme ici.
Un rapport sur la conférence paraîtra prochainement. Vous pourrez l’obtenir auprès de Kajsa Törnroth, Co-direcrice du développement de la liberté de la presse pour l’AMJ, ktörnroth@wan.asso.fr.
Les problèmes liés à la liberté de la presse varient d’un pays à l’autre, mais ils ont partout la même gravité. En Egypte, par exemple, un pays qui possède de nombreuses lois souvent contradictoires sur la presse, "tout ce que nous faisons peut nous conduire en prison," a déploré Ibrahim Issa, Rédacteur en chef d’Al-Dustour.
En Iraq, où 44 employés des médias ont été assassinés pour la seule année 2006, l’éventualité de la mort est une préoccupation constante. "Je puis vous dire qu’un journaliste qui travaille pour les principaux médias est toujours une cible", a affirmé Alia Talib, responsable de l’organisation de veille Iraqis for Public Broadcasting.
En Palestine, la liberté de mouvement est limitée et les autorités israéliennes refusent bien souvent de reconnaître les droits des Palestiniens à travailler comme journaliste, a rappelé Abdelrahim Abdallah, Directeur du département de Journalisme à l’Institut des Médias de l’Université Birzeit,
Et même dans les pays où la presse est relativement libre, comme le Maroc, il y a des sujets tabous, ou des "lignes rouges" que les journalistes franchissent à leurs risques et périls
"Le problème est que personne ne sait où elles commencent et où elles finissent", a souligné David Ignatius, Rédacteur en chef adjoint et Editorialiste au Washington Post, qui présidait la session sur la censure. "Les journalistes tendent à repousser ces frontières, et ils ignorent qu’ils les ont franchies jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés."
Même si l’optimisme n’était guère de mise, beaucoup de solutions ont néanmoins été avancées. Notamment :
L’établissement de "normes de la liberté d’expression", qui comprennent la liberté de parole, la liberté d’accès à l’information, la transparence, l’impartialité et l’objectivité. "En Occident, ces choses peuvent sembler évidentes, mais dans nos sociétés nous devons rappeler continuellement aux gens leur importance face à des régimes répressifs", a constaté M. El Hafez.
Des poursuites judiciaires plus dures contre ceux qui ciblent et assassinent des journalistes et la fin de la culture de l’impunité.
La prolifération de journaux indépendants et viables financièrement, dans lesquels les journalistes peuvent travailler sans échange de faveurs.
De meilleurs salaires, formations et avantages pour les journalistes, et un soutien à leur famille s’ils sont attaqués ou tués.
Le respect de l’état de droit et l’abolition des lois répressives contre les médias.
"Il y a très peu d’espoir de pratiquer le journalisme sans danger tant que nous aurons des lois qui limitent la liberté d’expression", a estimé M. Amer. "Nous devons changer ces lois et encourager la liberté de la presse. Nous devons travailler avec des organisations internationales qui promeuvent cette liberté et appeler les Nations unies à jouer un rôle dans l’application de l’article 19 de la Déclaration des droits de l’homme. Et nous devons considérer les attaques contre les journalistes comme un problème de dimension internationale, quel que soit le pays concerné. Il faut que chacun sache ce qui se passe."
Pour obtenir une copie du compte-rendu de la conférence, veuillez contacter Kajsa Törnroth, ktornroth@wan.asso.fr.
En parallèle à la conférence, l’AMJ a organisé un séminaire de formation pour les journalistes iraquiens, accueilli une réunion d’organisations de défense de la liberté de la presse qui contrôlent la situation de la liberté d’expression en Tunisie, et poursuivi le travail sur son Projet de Développement de la presse arabe. Ce dernier encourage l’échange entre les journaux du monde arabe et les aide à mettre en œuvre des stratégies commerciales et éditoriales couronnées de succès. Pour en savoir plus sur les initiatives de l’AMJ dans la région, cliquez ici.
L’AMJ, l’organisation mondiale de l’industrie de la presse, qui est basée à Paris, défend et promeut la liberté de la presse dans le monde entier. Elle représente 18.000 journaux et regroupe 76 associations nationales d’éditeurs, des journaux et des directeurs de journaux dans 102 pays, 12 agences de presse et 10 organisations de presse régionales et internationales.
Pour toute question, contactez : Larry Kilman, Directeur de la Communication, AMJ, 7 rue Geoffroy St Hilaire, 75005 Paris France. Tél : +33 1 47 42 85 00. Fax : +33 1 47 42 49 48. Portable : +33 6 10 28 97 36. E-mail : lkilman@wan.asso.fr. |