C’est la seconde année consécutive qu’un journaliste chinois reçoit ce prix, une décision sans précédent, qui reflète les conditions répressives réservées aux médias chinois. Le lauréat 2007 était Shi Tao, le journaliste appréhendé après que le moteur de recherche américain Yahoo eut transmis aux autorités chinoises des informations ayant conduit à son arrestation.
"Les sanctions contre M. Li pour avoir signalé une grave menace pour la santé publique montre l’absurdité et la faillite de la politique de contrôle de la presse mis en place par le régime chinois", a déclaré le Conseil d’administration de l’AMJ réuni à Vienne, dans son discours de remise du prix.
"Les autorités chinoises ont depuis longtemps la manie de couvrir les événements qu’elles préfèrent garder secrets, et la décision courageuse de M. Li de signaler cette épidémie, tout en étant conscient des conséquences possibles de ces révélations, est une source d’inspiration pour les journalistes du monde entier", a déclaré le Conseil.
Le prix sera remis lors du Congrès Mondial des Journaux et du World Editors Forum, les rencontres au sommet de la presse mondiale, qui auront lieu à Göteborg, en Suède, du 1er au 4 juin prochain (www.wansweden2008.com).
M. Li, reporter et directeur adjoint de l’information au quotidien Fuzhou publié à Fuzhou, dans la Province du Fujian, a été condamné en janvier 2006 à trois années d’emprisonnement pour “fabrication et divulgation de fausses nouvelles” après avoir été détenu sans jugement pendant près d’un an. Cette accusation fait suite à un rapport anonyme publié sur Boxun News, un site Internet de langue chinoise basé aux Etats-Unis.
En raison de la censure et des restrictions imposées par le département de la propagande du Parti Communiste sur les questions sociales sensibles, aucune nouvelle concernant l’éruption à Fuzhou d’une épidémie de dengue, une maladie virale transmise par un moustique, n’a filtré dans la presse chinoise. Cet événement n’a pas non plus donné lieu à une annonce officielle de la part d’un responsable de la santé.
Les autorités chinoises ont déjà été critiquées dans le passé pour avoir interdit tout article sur l’épidémie de SARS qui a frappé la Province de Guandong en 2002, avec les conséquences désastreuses que l’on connaît.
M. Li couvrait la corruption gouvernementale et d’autres questions sociales sensibles avant son arrestation en 2005 pour "incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat. Il est accusé d’avoir soi-disant soutenu dans ses articles le fauteur de troubles Huang Jingao, un officiel du Parti Communiste qui dénonçait publiquement la corruption parmi les fonctionnaires locaux. Huang Jingao a été lui-même emprisonné par la suite pour corruption après ses révélations. M. Li n’avait pas été inculpé dans cette affaire, mais il était néanmoins maintenu en détention préventive depuis plus de 11 mois avant d’être jugé et inculpé dans l’affaire de l’épidémie de dengue.
La Chine est un des plus grands geôliers de journalistes du monde, avec environ 40 professionnels des médias derrière les barreaux. D’autres journalistes sont harcelés, arrêtés, menacés ou renvoyés de leur travail en raison de leurs reportages. Les entreprises de presse n’ont pas le droit de promouvoir la réforme politique, de commenter la politique intérieure du parti ou le fonctionnement interne du gouvernement, de critiquer la politique internationale et intérieure de Pékin, ou de couvrir les données financières que le gouvernement n’a pas jugées bon de publier. Tous les articles étant censurés avant publication, de nombreux reporters évitent d’aborder certains sujets ou pratiquent l’autocensure.
Le Conseil d’administration de l’AMJ a appelé à la libération immédiate de M. Li et des autres journalistes chinois emprisonnés.
L’AMJ, l’organisation mondiale de l’industrie de la presse, décerne la Plume d’Or chaque année depuis 1961. Parmi les précédents lauréats figurent l’Argentin Jacobo Timerman (1980), le Sud-africain Anthony Heard (1986), le Chinois Dai Qing (1992), le Vietnamien Doan Viet Hoat (1998), le Zimbabwéen Geoffrey Nyarota (2002), et l’Iranien Akbar Ganji (2006). Le prix 2007 est allé au Chinois Shi Tao.
L’AMJ défend et promeut la liberté de la presse partout dans le monde. Elle représente 18.000 journaux et regroupe 77 associations nationales de journaux, des entreprises de presse et des directeurs de journaux individuels dans 102 pays, 12 agences de presse et 10 organisations régionales et internationales de médias.
Pour toute question, contactez : Larry Kilman, Directeur de la Communication, AMJ, 7 rue Geoffroy St Hilaire, 75005 Paris France. Tél : +33 1 47 42 85 00. Fax : +33 1 47 42 49 48. Mobile : +33 6 10 28 97 36. E-mail : lkilman@wan.asso.fr. |