La presse mondiale pointe les violations de la liberté de la presse dans six pays

 

L’Association Mondiale des Journaux a condamné aujourd’hui des violations graves de la liberté de la presse dans six pays - Chine, Somalie, Birmanie, Azerbaïdjan, Pakistan et Georgie - et appelle les gouvernements de ces pays à respecter pleinement les standards internationaux de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

RÉSOLUTIONS EN FAVEUR DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Réunion du Conseil d’administration de l’AMJ Vienne, 18-20 novembre 2007

Chine

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Vienne en Autriche, du 18 au 20 novembre 2007, appelle le Comité International Olympique (CIO), les athlètes, les sponsors, les partenaires des médias et autres parties à exercer de sérieuses pressions sur les autorités chinoises pour qu’elles mettent fin aux atteintes flagrantes et constantes des droits de l’homme et libèrent notamment les dizaines de journalistes qui purgent actuellement de longues peines de prison pour avoir exercé leur profession.

La Chine n’a pas respecté ses engagements envers la liberté de la presse pris quand elle s’est portée candidate aux Jeux Olympiques de 2008. Au moins 30 journalistes et 50 cyberdissidents croupissent actuellement dans les prisons chinoises, et les médias chinois restent soumis au contrôle draconien des autorités.

La Chine avait également promis que les journalistes étrangers seraient libres de couvrir les questions politiques, sociales, culturelles et économiques chinoises. Pourtant, la presse étrangère ne peut toujours pas circuler librement dans certaines régions du pays, notamment au Tibet ou dans la province du Xinjiang.

A tous les égards, les Jeux Olympiques de Pékin prennent la tournure d’une opération de prestige pour la Chine. Mais la tenue de ces manifestations ne devrait pas être autorisée sans que les participants - le CIO, les athlètes tout comme les sponsors, les partenaires des médias et autres parties - s’opposent activement aux conditions de répression qui entourent les Jeux. Fermer les yeux sur ces violations des droits de l’homme serait un scandale.

Le Conseil d’administration de l’AMJ pense qu’il convient de rompre avec l’attitude qui consiste à dire "les affaires continuent" en Chine si l’on veut aboutir à des réformes tardives mais nécessaires. Il encourage donc tous les partenaires des Jeux, et toutes les entreprises qui commercent avec la Chine, à s’élever contre les atteintes aux droits de l’homme dans ce pays.

Dans ce contexte, le Conseil d’administration de l’AMJ félicite la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Représentants des Etats-Unis pour sa condamnation de Yahoo pour avoir aidé la police chinoise à persécuter et à arrêter des cyber-reporters, et il suggère aux hommes politiques du monde entier de s’en inspirer pour faire des dénonciations similaires.

Parmi les journalistes chinois emprisonnés Shi Tao, le lauréat 2007 de la Plume d’Or, purge 10 ans de prison pour avoir "divulgué des secrets d’état" après avoir envoyé en 2004 un courriel sur les restrictions imposées aux médias à l’approche du 15ème anniversaire du massacre de la Place Tienanmen. Yahoo avait fourni aux services de sécurité de l’état des informations sur le compte e-mail personnel de Tao grâce auxquelles ils ont pu retracer le message provenant d’un ordinateur utilisé par le journaliste à son travail.

Le Conseil d’administration de l’AMJ appelle les autorités chinoises à libérer tous les journalistes emprisonnés et à respecter leurs promesses de réforme à l’approche des Jeux Olympiques de Pékin de 2008.

Somalie

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Vienne, en Autriche, du 18 au 20 novembre 2007, condamne fermement la recrudescence de la violence contre les journalistes en Somalie, qui est exercée à la fois par les forces de sécurité du gouvernement fédéral de transition, soutenu par l’Ethiopie, et par les milices islamistes, appuyées par l’Erythrée voisine.

Au moins huit journalistes et responsables de médias somaliens ont été tués depuis le début de l’année, plus d’une dizaine d’autres ayant fui le pays par crainte pour leur vie. La Somalie est aujourd’hui le pays le plus dangereux en Afrique pour la presse.

Radio Shabelle, considérée comme une des principales stations de radio indépendantes du pays, a été fermée le 12 novembre, après des mois de menaces, d’interruptions et d’attaques. L’AMJ est consternée par le meurtre perpétré le 19 octobre contre Bashiir Noor Gedi, directeur de la station par intérim, assassiné devant son domicile à Mogadiscio.

L’AMJ craint vivement que cet assassinat et celui des journalistes de Radio Warsan, Voice of Peace, Radio Jowhar, Horn Afrik, Radio Capital Voice et Radio Banadir visent à dissuader les médias locaux d’écrire des articles critiques sur le conflit actuel dans le pays.

Le Conseil d’administration de l’AMJ exhorte le gouvernement fédéral de transition à faire le nécessaire pour mettre fin à la violence contre les journalistes et à l’impunité dont bénéficient ceux qui ordonnent ou commettent des assassinats de journalistes, à observer strictement l’état de droit, et à faire respecter les standards internationaux de la liberté d’expression et de la liberté de la presse en Somalie.

Birmanie

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Vienne, en Autriche, du 18 au 20 novembre 2007, exprime sa vive inquiétude face à la politique de répression poursuivie par la junte au pouvoir contre la liberté de la presse et la libre circulation de l’information.

L’AMJ est consternée par l’assassinat du journaliste japonais indépendant Kenji Nagai lors de la récente vague de répression et appelle les autorités à intervenir pour qu’une enquête diligente soit menée sur ce meurtre et que ses auteurs soient rapidement traduits en justice. Elle condamne en outre vigoureusement l’arrestation et la détention abusives des journalistes birmans qui couvraient les manifestations en août et en septembre et appelle à leur libération immédiate.

Le Conseil d’administration de l’AMJ dénonce la politique systématique de harcèlement, de censure, de suspension de publications critiques et de fermeture des services Internet menée par la junte au pouvoir, et apporte son soutien aux journalistes qui couvrent, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, avec intégrité et avec courage, la dégradation de la situation en Birmanie.

L’AMJ réitère son appel à la libération de tous les journalistes emprisonnés en Birmanie, y compris U Win Tin, l’ex-rédacteur en chef du journal Hanthawaddy et le lauréat 2001 de la Plume d’Or de la liberté, qui est emprisonné depuis 1989 pour avoir fait usage de son droit à la liberté d’expression.

Azerbaïdjan

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Vienne en Autriche, du 18 au 20 novembre 2007, condamne l’hostilité croissante du gouvernement azerbaïdjanais envers la presse indépendante et d’opposition, une hostilité qui soulève de vives inquiétudes pour l’avenir et la sécurité des journalistes dans le pays.

Avec huit journalistes derrière les barreaux, l’Azerbaïdjan est le plus grand geôlier de journalistes en Europe et en Asie Centrale. La violence et les menaces de violence contre les journalistes sont devenues plus fréquentes, et de tels crimes sont souvent commis en toute impunité. L’augmentation spectaculaire des plaintes en diffamation contre les journalistes par des responsables de l’Etat a contribué à une nouvelle dégradation de la situation de la liberté d’expression.

Parmi les journalistes emprisonnés figure Eynulla Fatullayev, le rédacteur en chef des plus grands journaux indépendants du pays, Realny Azerbaijan et Gündelik Azebaycan, condamné le 30 octobre 2007 pour menace terroriste et incitation à la haine raciale à huit ans et demi de prison. Ces accusations sont liées à un article dans lequel il écrit que le soutien du gouvernement à la position des Etats-Unis sur l’Iran rend l’Azerbaïdjan vulnérable à des attaques. M. Fatullayev purgeait déjà deux ans et demi de prison pour diffamation et pour insulte publique envers les Azerbaïdjanais dans un article publié sur Internet, un article qu’il dément avoir écrit.

Le Conseil d’administration de l’AMJ appelle les autorités azerbaïdjanaises à établir un climat dans lequel la presse soit libre et indépendante de tout contrôle gouvernemental, politique ou économique et à faire le nécessaire pour que le pays respecte pleinement les standards internationaux de la liberté d’expression.

Pakistan

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Vienne, en Autriche, du 18 au 20 novembre 2007, condamne les atteintes commises contre la liberté de la presse durant l’état d’urgence actuel au Pakistan.

Dans le cadre de la répression contre les médias, plusieurs dizaines de journalistes travaillant pour des médias indépendants auraient été attaqués ou empêchés de travailler, et cinq journalistes au moins ont été arrêtés quand la police a tenté de boucler l’accès à l’imprimerie du quotidien Awam à Karachi.

Le Conseil d’administration de l’AMJ dénonce également les restrictions juridiques très importantes imposées aux médias, et la suspension des garanties de la liberté de la presse ordonnée par l’Ordre constitutionnel provisoire qui a remplacé la constitution du pays.

Parmi les autres attaques contre la liberté de la presse figurent la suspension des émissions de toutes les chaînes de télévision internationales et nationales privées, la limitation des programmes du câble à des émissions de divertissement, et le blocage de plusieurs sites internationaux et nationaux d’information. Des équipements de transmission ont également été saisis dans plusieurs entreprises audiovisuelles, et divers délits limitant sévèrement la liberté de la presse ont été créés.

Le Conseil d’administration de l’AMJ appelle les autorités pakistanaises à libérer immédiatement et sans conditions tous les journalistes emprisonnés, à lever toutes les restrictions qui pèsent sur la liberté de la presse et à tenir ses engagements antérieurs dans le domaine de la liberté d’expression.

Georgie

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Vienne en Autriche, du 18 au 20 novembre 2007, condamne la violence policière contre les journalistes et la fermeture de radiodiffuseurs indépendants dans un contexte de répression des manifestations de l’opposition, qui ont été suivies par l’application de l’état d’urgence.

Plusieurs journalistes ont été sauvagement frappés par la police anti-émeute alors qu’ils tentaient de filmer l’assaut des forces de l’ordre, alors que d’autres se sont vus confisquer leur caméra pour les empêcher de filmer et de couvrir les manifestations et les réactions des policiers.

Le Conseil d’administration de l’AMJ dénonce également les perquisitions et les interdictions contre toutes les chaînes de télévision locales et internationales indépendantes. Le Conseil rappelle que la pluralité et la ponctualité des informations est encore plus critique dans des périodes de crise politique.

Le Conseil d’administration de l’AMJ appelle les autorités de Georgie à enquêter sur les violences policières contre les journalistes, à lever toutes les restrictions imposées sur la collecte de l’information et à respecter pleinement les standards internationaux de la liberté d’expression.

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