Son Excellence le Président Idriss Deby Président du Tchad N’Djamena, Tchad
31 janvier 2008
Votre Excellence,
Nous vous écrivons au nom de l’Association Mondiale des Journaux et du World Editors Forum, qui représentent 18.000 publications dans 102 pays, pour vous faire part de notre inquiétude concernant les poursuites judiciaires engagées à l’encontre du journaliste Nadjikimo Benoudjita et la fermeture de son journal.
M. Benoudjita, le directeur de publication de l’hebdomadaire Notre Temps, aurait été arrêté à son domicile de N’Djamena le 14 décembre suite à une plainte du Haut Conseil de la Communication. Son arrestation serait intervenue avant 6 heures du matin et sans qu’un mandat d’amener ne lui soit présenté. Il aurait été détenu durant la nuit par les Renseignements Généraux avant d’être conduit le lendemain au commissariat pour y être interrogé par la police judiciaire.
La police judiciaire aurait auparavant fait une perquisition à son domicile, qui sert de bureau éditorial à Notre Temps. Le journal a été fermé, apparemment sur ordre du Ministère de la Sécurité publique, sans respecter la procédure prescrite.
M. Benoudjita a d’abord été accusé de diffamation et d’offense au Chef de l’Etat. Toutefois, lors d’une audience qui a eu lieu le 17 décembre, l’accusation a été requalifiée en “incitation à la haine tribale et religieuse”. Il a été autorisé à regagner son domicile en attendant une nouvelle citation à comparaître.
M. Benoudjita aurait fui le pays, craignant pour sa vie. Ses parents auraient également été victimes de harcèlement.
Nous craignons que l’arrestation de M. Benoudjita ne soit liée à un éditorial intitulé “Sarko, pas de larmes de croco”, publié dans l’édition du 11 décembre de Notre Temps. Dans cet article, M. Benoudjita dresse un virulent réquisitoire contre la politique française en Afrique et vous critique violemment.
Nous vous rappelons respectueusement que l’arrestation de M. Benoudjita et la fermeture de son journal constituent une violation manifeste de son droit à la liberté d’expression, qui est garanti par de nombreuses conventions internationales, notamment l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui stipule : "Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit."
Nous vous appelons respectueusement à user de toute votre influence pour que les charges qui pèsent contre M. Benoudjita soient immédiatement abandonnées et que Notre Temps puisse reprendre librement sa publication. Nous vous invitons également à faire le nécessaire pour qu’à l’avenir votre pays respecte pleinement les standards internationaux de la liberté d’expression.
Dans l’attente de votre réponse dans les meilleurs délais.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération,
Gavin O’Reilly Président Association Mondiale des Journaux
George Brock Président World Editors Forum
L’AMJ est l’organisation qui représente l’industrie mondiale de la presse, avec un statut consultatif auprès des Nations unies, de l’UNESCO et du Conseil de l’Europe. Elle regroupe 18.000 journaux dans 102 pays, 12 agences de presse et 11 organisations régionales et internationales de médias. L’AMJ est une organisation non gouvernementale et à but non lucratif. |