La presse mondiale proteste auprès du Secrétaire de l’ONU contre une décision du Conseil des Droits de l’homme

 

 

L’Association Mondiale des Journaux et le World Editors Forum ont protesté auprès du Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki Moon, contre la décision de l’ONU d’enquêter sur les "abus" de la liberté d’expression qui constituent "une discrimination religieuse."

 

Dans une lettre à M. Ban, l’AMJ et le WEF, qui sont basés à Paris, disent que la décision prise par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU de demander à son rapporteur spécial sur la liberté d’expression d’enquêter sur ces cas fait partie "d’une tendance négative à restreindre la liberté d’expression" présente au sein du Conseil.

"La résolution du Conseil, proposée par l’Organisation de la Conférence Islamique, fait partie d’une campagne dangereuse et rétrograde visant à assimiler le portrait critique d’une religion à du racisme", a déclaré Timothy Balding, le CEO de l’AMJ.

"Il est intolérable qu’un organe onusien puisse prêter crédit à cette thèse, qui compromet totalement les fondements de la liberté d’opinion et d’expression dont jouissent les démocraties", a-t-il ajouté. "Quelles seront les prochains groupes qui viendront réclamer aux Nations Unies de les protéger contre la liberté d’opinion ?"

La résolution du Conseil, qui demande au rapporteur spécial d’enquêter sur les "abus" de la liberté d’expression "constituant un acte de discrimination religieuse ou raciale", est contraire à l’esprit du rôle du rapporteur spécial et est superflue, estime la lettre adressée à M. Ban.

Cette résolution échoue également à offrir un "équilibre approprié" entre la protection de la liberté d’expression et la nécessité de limiter l’incitation à la haine raciale ou religieuse, poursuit la lettre.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a été créé en 2006 en remplacement de la Commission discréditée des droits de l’homme de l’ONU, qui était dominée par des pays violateurs des droits de l’homme. Mais le nouveau Conseil a également été accusé d’être une plateforme pour les pourfendeurs des droits de l’homme qui cherchent à saper son travail.

Les termes de la lettre adressée au Secrétaire Général des Nations Unies, qui l’appelle à protéger le mandat du rapporteur spécial, sont les suivants :

"Nous vous écrivons au nom de l’Association Mondiale des Journaux et du World Editors Forum, qui représentent 18 000 publications dans 102 pays, pour exprimer notre consternation face à l’adoption par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies d’une résolution compromettant le mandat du Rapporteur spécial sur la Promotion et la Protection des libertés d’opinion et d’expression.

"Le 28 mars, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a approuvé un amendement proposé par l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) qui compromet le mandat du Rapporteur spécial et risque d’avoir un impact négatif sur la liberté expression. Cet amendement demande au Rapporteur spécial « d’enquêter sur les cas où l’abus de la liberté d’expression constitue un acte de discrimination raciale ou religieuse, en tenant compte des articles 19(3) et 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et du Commentaire général 15 du Comité sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, qui stipule que l’interdiction de la diffusion de toutes les idées basées sur la supériorité ou la haine raciales est compatible avec la liberté d’opinion et d’expression ’.

"Cette résolution est contraire à l’esprit du rôle du Rapporteur spécial car elle lui demande d’examiner les abus de la liberté d’expression au lieu de se pencher sur le problème plus répandu des limites abusives à la liberté d’expression. La résolution manque également d’équilibre car elle est centrée sur les restrictions à la liberté d’expression, plutôt que sur l’idée d’assurer un équilibre adéquat entre la protection positive du droit à la liberté d’expression et la nécessité de limiter l’incitation à la haine raciale ou religieuse.

"En outre, cet amendement est superflu - le devoir d’examiner et de commenter les limites appropriées au droit à la liberté d’expression étant inhérent au mandat du Rapport spécial - et ouvert à une interprétation erronée.

"Nous sommes inquiets de ce qui apparaît comme l’émergence d’une tendance négative contre la liberté d’expression au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Le 30 mars 2007, le Conseil a adopté une résolution, sponsorisée par le Pakistan au nom de l’OCI, permettant aux Etats de restreindre la liberté d’expression au motif de ne pas offenser les sensibilités religieuses.

"Nous vous appelons respectueusement à user de toute votre influence pour protéger le mandat du Rapporteur spécial. Nous vous demandons également de prendre toutes les mesures nécessaires pour veiller à ce que les standards internationaux de liberté d’expression soient pleinement soutenus par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, et non compromis par des résolutions de ce type."

L’AMJ, l’organisation mondiale de l’industrie de la presse, défend et promeut la liberté de la presse et les intérêts professionnels et économiques des journaux dans le monde entier. Elle représente 18 000 titres et regroupe 77 associations nationales d’éditeurs, des entreprises de presse et des directeurs de journaux individuels dans 102 pays, 12 agences de presse et 11 organisations régionales et internationales de médias.

Le WEF est l’organisation qui représente les rédacteurs en chef au sein de l’Association Mondiale des Journaux (www.worldeditorsforum.org).

Pour toute question, contactez : Larry Kilman, Directeur de la Communication, AMJ, 7 rue Geoffroy St Hilaire, 75005 Paris France. Tél : +33 1 47 42 85 00. Fax: +33 1 47 42 49 48. Mobile: +33 6 10 28 97 36. E-mail : lkilman@wan.asso.fr.

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