“Le monde a besoin - désespérément- de ce que font les journaux,” a dit M. Powers, chroniqueur média pour le National Journal magazine aux Etats-Unis et auteur de “Hamlet’s Blackberry,” un essai sur le pouvoir de résistance du journal.
Les médias numériques présentent des avantages incontestables, mais beaucoup de gens négligent bien souvent les domaines dans lesquels le journal imprimé est supérieur”, a-t-il ajouté. Les journaux feraient bien d’exploiter ces avantages qualitatifs. Le journal, notamment, “libère l’esprit et l’amène à réfléchir”, a-t-il souligné.
“La grande force du journal imprimé est qu’il permet à l’esprit d’atteindre cet état serein dans lequel nous nous plongeons et qui est propice à la réflexion. Il est beaucoup difficile de parvenir à cet état quand nous lisons sur un support numérique, où l’information est infinie et où il y a tant de tâches possibles à entreprendre à tout moment. Sur Internet, il n’y a pas de début et pas de fin.”
Si l’aspect illimité d’internet est “merveilleux sous bien des angles”, son immensité est également son “principal défaut”, selon M. Powers, qui écrit actuellement un livre sur l’histoire et l’attrait durable exercé par les journaux.
“Quand vous lisez un article à l’écran, votre esprit est conscient de toutes les autres informations qui ne sont qu’à un clic de distance, et qui vont de votre messagerie aux dernières nouvelles en passant par votre compte en banque et le milliard de vidéos diffusées par You Tube. Ainsi, au lieu d’échapper aux sollicitations qui réclament votre attention au moment où vous lisez, vous les repoussez mentalement à chaque instant passé devant l’écran.”
Le fait que le journal soit “déconnecté de la grille numérique” n’est pas un élément négatif - c’est en réalité son “arme secrète” - et il constitue au contraire un argument qui résiste à l’analyse”, selon M. Powers.
“Dans un monde où les gens utilisent simultanément plusieurs médias, et où il est de plus en plus difficile de se concentrer, je pense que le fait que les médias imprimés soient isolés du Web en fait une force émergente. Le journal papier est un espace-temps pour la conscience, un moyen d’échapper aux occupations multiples et aux tâches incessantes liées à l’écran. C’est un îlot au milieu du chaos. Plutôt que d’être “Tout, tout le temps”, le slogan du journal pourrait bien être “ Uniquement cela”.
Selon M. Powers, les journaux devraient en faire plus pour sensibiliser le public à ce genre de questions.
“Une grande partie de la couverture médiatique de la technologie numérique se lit comme du marketing produit. Quand de nouveaux terminaux numériques sont lancés, les journalistes en parlent comme s’il s’agissait de nouveaux films. Il y a un côté ‘stimulation de foule’, et battage publicitaire dans tout cela”, a-t-il estimé.
“En se concentrant presque exclusivement sur tout ce qui est nouveau et branché dans le marché de la technologie, nous passons à côté de l’essentiel. Nous n’aidons pas les gens à comprendre et à organiser leur existence technologique. Je pense qu’il s’agit là d’un domaine où le public a besoin de discernement et éprouve une grande envie de recevoir des conseils qu’il ne reçoit pas. Il est essentiel que nous apprenions tous à penser plus intelligemment à nos outils. Pas seulement à la façon dont ils fonctionnent, mais aussi à la place qu’ils occupent dans notre vie. Nous devons nous assurer que ces outils travaillent pour nous, et non pas le contraire.”
M. Powers était un des orateurs-vedette de la 11ème Conférence mondiale sur le Lectorat, qui a attiré à Amsterdam des centaines de directeurs de journaux, venus examiner des stratégies pour élargir le lectorat des journaux - tant sur la plateforme imprimée que numérique - en ces temps difficiles. Vous trouverez la présentation complète de M. Powers ici (au fond du page).
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