Burkina Faso

 

 

Le Conseil d’administration de l’Association Mondiale des Journaux, réuni à Beyrouth, au Liban, le 15 décembre 2008, exprime sa vive inquiétude face à l’impunité apparente accordée par le gouvernement du Burkina Faso au meurtrier présumé du journaliste Norbert Zongo, tué il y a dix ans.

 

Le corps carbonisé de M. Zongo, journaliste d’investigation et rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Indépendant, a été retrouvé dans sa voiture le 13 décembre 1998. Au moment de sa mort, il enquêtait sur les circonstances dans lesquelles David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, le frère du chef de l’Etat, était décédé aux mains des militaires de la garde présidentielle après avoir été arrêté car il était soupçonné d’avoir volé de l’argent à son employeur.

Sous la pression de la rue, une Commission enquête indépendante (CEI) avait été créée et avait désigné rapidement six principaux suspects. Trois ans plus tard, en 2001, le membre de la garde présidentielle Marcel Kafando était accusé de meurtre et d’incendie criminel en liaison avec la mort de M. Zongo. Malgré la gravité des charges, il a été autorisé à continuer à vivre chez lui à Ouagadougou.

En juillet 2006, un tribunal a déclaré qu’il n’y avait aucune raison de poursuivre M. Kafando ou quiconque, un témoin de l’accusation ayant rétracté une déclaration faite huit ans plus tôt, et a estimé que l’affaire devrait, en fait, être abandonnée. Les procureurs ont depuis ignoré de nouvelles preuves montrant que la version originale du rapport de la CEI avait été édulcorée sur l’insistance de deux membres de la commission gouvernementale. Des passages sur les contradictions de la déposition de François Compaoré et les tentatives de l’homme d’affaires Oumarou Kanazoé de réduire M. Zongo au silence avant son assassinat avaient été supprimés du rapport final.

Des émissaires du gouvernement ont également approché à plusieurs reprises des membres de la famille Zongo depuis 1999, offrant une compensation financière en échange d’un “pardon”. La famille a refusé un tel accord au motif que, personne n’ayant encore été accusé du meurtre du journaliste, il n’y avait personne à pardonner.

L’AMJ rappelle au Président Blaise Compaoré que, conformément à la section 2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et aux sections 3 et 7 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, les autorités du Burkina Faso sont tenues de respecter le droit à la justice et l’indépendance du processus judiciaire.

L’AMJ appelle le Président à lever la protection politique dont jouit apparemment l’assassin présumé de M. Zongo et à diligenter une enquête approfondie et impartiale sur ce meurtre. Elle l’exhorte à prendre toutes les mesures nécessaires pour que l’assassin et ceux qui l’ont protégé soient rapidement traduits en justice.

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