“Le simple fait est que, si l’on considère l’industrie globalement, notre audience imprimée continue de progresser”, a dit Gavin O’Reilly, le Président de l’Association Mondiale des Journaux et le CEO-designate du groupe Independent News & Media.
“On pourrait toutefois objecter que cette croissance a lieu dans les marchés en développement et qu’elle masque une tendance continue à la baisse parmi les marchés développés. Et cela est vrai jusqu’à un certain point, mais pas complètement, car les entreprises de presse sur ces marchés ont adopté des technologies numériques pour continuer à élargir leur audience”, a-t-il souligné, dans un discours qui ouvrait la Conférence de l’Association Mondiale des Journaux sur le Pouvoir de la presse papier, à Barcelone, en Espagne.
Prédire la disparition des journaux “semble être devenu le sport favori de certains”, a constaté M. O’Reilly.
“Le fait que cette morosité et cette sinistrose à propos de notre industrie soient restées largement sans réponse constitue, pour moi, l’exemple le plus bizarre d’automutilation jamais relevé dans les annales de l’industrie, a-t-il ajouté. Et cela continue au même rythme, les commentateurs manquant de regarder au-delà de leur simple rhétorique et se contentant d’entonner en choeur le même refrain, en répétant que l’avenir est sur internet, presque à l’exclusion du reste. C’est une erreur, une simplification excessive d’une question relativement complexe.
M. O’Reilly a rappelé que :
1.9 milliard de personnes lisent chaque jour un quotidien payant.
Les journaux atteignent 41 pour cent d’adultes de plus que le Web.
On trouve davantage d’adultes qui lisent un journal quotidiennement que de gens qui mangent un Big Mac chaque année.
“Même s’il est vrai que dans certaines régions, les ventes de journaux ne sont pas un secteur en expansion, le journal reste néanmoins un moyen de communication de masse qu’il ne faut pas sous-estimer, et qui touche en moyenne plus d’un tiers de la population mondiale”, a-t-il indiqué. “Donc si nous sommes une industrie en déclin, la définition que l’on donne de ce terme est pour le moins étrange. Nous sommes une industrie dont l’audience globale est colossale et dont le chiffre d’affaires est colossal également.”
Et si la crise financière mondiale a eu visiblement un sérieux impact sur les revenus des journaux, la baisse de leurs revenus n’est pas pire que pour les autres industries. “Il ne s’agit pas de nier la gravité de la situation, et elle est très grave, mais force est de constater que tous les principaux médias sont affectés aux côtés de nos collègues des autres grands secteurs industriels”, a-t-il indiqué.
Le discours de M. O’Reilly était basé sur des données préliminaires qui seront intégrées à World Press Trends, le rapport annuel de l’AMJ sur les tendances mondiales de la presse, qui paraîtra le mois prochain. Ces données montrent que :
La diffusion mondiale des journaux a augmenté de 1,3 pour cent en 2008, passant à presque 540 millions d’exemplaires par jour, et est en hausse de 8,8 pour cent sur cinq ans. Si l’on tient compte des quotidiens gratuits, la diffusion a progressé de 1,62 pour cent en 2008 et de 13 pour cent en cinq ans. L’Europe est le foyer du développement des journaux gratuits : 23 pour cent des quotidiens publiés en Europe étaient gratuits en 2008.
La diffusion des journaux a progressé de 6,9 pour cent en Afrique l’an dernier, de 1,8 pour cent en Amérique du Sud, et de 2,9 pour cent en Asie. Elle a diminué de 3,7 pour cent en Amérique du Nord, de 2,5 pour cent en Australie et en Océanie, et de 1,8 pour cent en Europe. Mais sur de nombreux marchés matures où elle est en recul, la pénétration des journaux reste élevée : plusieurs pays européens continuent d’atteindre plus de 70 pour cent de la population adulte rien qu’avec les journaux payants. Au Japon, ce chiffre est de 91 pour cent. En Amérique du Nord, il est de 62 pour cent.
Les gains en diffusion ne concernent pas simplement les marchés émergents que sont l’Inde et la Chine : 38 pour cent des pays ont signalé des gains en 2008, et 58 pour cent ont vu leur diffusion augmenter ces cinq dernières années.
Même si les recettes publicitaires des journaux ont diminué de 5 pour cent en 2008, la presse écrite continue de recueillir 37 pour cent des investissements publicitaires mondiaux.
Si l’explosion numérique a eu un impact mondial, ce dernier n’est pas uniforme. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont les plus affectés : le Royaume-Uni compte pour 38 pour cent des revenus numériques de l’Europe entière. Et par rapport à l’ensemble de l’Europe, les Etats-Unis représentent 62 pour cent du marché global.
Aux Etats-Unis, l’audience combinée des journaux imprimés et en ligne est en hausse de 8 pour cent. Cinquante-deux pour cent des lecteurs de journaux en ligne disent consacrer autant de temps qu’avant au contenu du journal, 35 pour cent davantage de temps, et 81 pour cent disent avoir lu un journal imprimé dans la semaine.
Si on l’accuse généralement Internet d’être à l’origine de la baisse des ventes de journaux, les chiffres révèlent une situation plus compliquée qu’il n’y paraît, selon M. O’Reilly. “Comment se fait-il qu’une chose aussi complexe que la consommation des médias soit toujours ramenée à un affrontement simpliste entre le journal imprimé et le web ? Pourquoi faut-il choisir entre les deux ? Ne se peut-il pas simplement que le consommateur puisse faire plusieurs choses simultanément, qu’il soit capable d’utiliser une multitude de médias et pas forcément uniquement les médias en ligne ? Il est vrai qu’Internet a été, et restera, une incroyable opportunité pour les entreprises de presse, positionnées comme elles le sont, avec un réservoir de contenu d’excellente qualité, et sans égal.”
Les Conférences mondiales sur le Pouvoir de la presse papier et sur la Publicité dans les journaux ont attiré des centaines de directeurs de journaux venus de 50 pays à Barcelone pour échanger des idées sur les stratégies d’entreprises pour l’avenir. Plus de détails sur www.wan-press.org.
L’AMJ, l’organisation mondiale de l’industrie de la presse, qui est basée à Paris, défend et promeut la liberté de la presse et les intérêts professionnels et économiques des journaux dans le monde entier. Représentant 18.000 journaux, elle regroupe 77 associations nationales d’éditeurs, des entreprises de presse et des directeurs de journaux individuels dans 122 pays, 12 agences de presse et 11 organisations régionales et internationales de médias.
Pour toute question, contactez : Larry Kilman, Directeur de la Communication, AMJ, 7 rue Geoffroy St Hilaire, 75005 Paris France. Tél : +33 1 47 42 85 00. Fax: +33 1 47 42 49 48. Mobile: +33 6 10 28 97 36. E-mail : lkilman@wan.asso.fr |