Le Journal avait contracté de lourdes amendes pour diffamation et d’importantes dettes auprès de l’administration marocaine des impôts. Le 26 janvier, le tribunal de commerce de Casablanca a ordonné la liquidation judiciaire de Trimédia, la société éditrice du Journal. Les huissiers sont entrés dans les locaux du magazine au moment le Journal bouclait sa dernière édition, saisissant les actifs et jetant littéralement le personnel à la rue.
Le Journal avait été condamné à payer 3 millions de dirhams (270 000 euros) de dommages et intérêts à la suite d’une plainte pour diffamation déposée par Claude Moniquet, président de l’ESISC (Centre européen de recherche, d’analyse et de conseil en matière stratégique) à Bruxelles. Le centre avait publié un rapport sur la situation controversée au Sahara occidental et Le Journal avait estimé que ce rapport reflétait étroitement la position officielle du gouvernement marocain.
En septembre 2009, la cour suprême marocaine confirmait la décision de justice condamnant le Journal à verser une amende et acculait ainsi la publication à la ruine.
Le Journal était connu pour être une des principales voix critiques et tenaces de la presse marocaine. À la suite de la vague de libéralisation et démocratisation dans le pays, la publication avait cherché par sa liberté de ton et ses analyses caustiques à surveiller de près les autorités et leur engagement à s’attaquer aux problèmes de corruption, de transparence et aux abus des droits de l’homme.
Le co-fondateur et ancien directeur général, Abou Bakr Jamaï, a affirmé que Trimédia aurait pu payer ses dettes, « si les autorités n’avaient pas demandé régulièrement aux annonceurs de boycotter la publication ».
La WAN-IFRA condamne dans sa déclaration le recours à l’appareil judiciaire pour étouffer la liberté de la presse et faire cesser les critiques. Selon l’organisation internationale, la présumée « mise à l’index » de la publication par les annonceurs a apparemment été orchestrée pour réprimer les critiques indésirables.
La WAN-IFRA, basée à Paris en France et à Darmstadt en Allemagne, avec des filiales à Singapour, en Inde, Espagne, France et Suède, est l’Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d’Information. Elle représente plus de 18 000 publications, 15 000 sites Web et plus de 3 000 sociétés dans plus de 120 pays. L’association est issue de la fusion de l’Association Mondiale des Journaux et de l’IFRA, l’organisation mondiale de recherche et de services pour l’industrie de la presse.
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