"Une autre brillante opération de relations publiques pour améliorer l’image du Kremlin en matière de liberté de la presse et d’indépendance - a commenté ironiquement Timothy Balding, le Directeur Général de l’Association Mondiale des Journaux, qui organisait la rencontre avec le World Editors Forum et l’Union russe des Editeurs de Presse (GIPP), lors de Publishing Expo 2005, qui prend fin à Moscou aujourd’hui jeudi.
Natalia Tymakova, la Directrice du Bureau de la Presse et de l’Information du Président Poutine, devait défendre la position du Kremlin sur la liberté et l’indépendance de la presse. Elle n’a donné aucune excuse pour justifier son retrait de la réunion, durant laquelle des éditeurs et des rédacteurs en chef d’Europe, d’Asie, d’Amérique latine, des Etats-Unis et d’Afrique du Nord ont discuté d’un grand nombre de questions avec les représentants de journaux et magazines russes en vue.
"Les médias russes ne sont pas confrontés à la censure classique, tel que l’on définit normalement ce terme", a dit George Brock, le Président du World Editors Forum, dans ses remarques préliminaires. "Pour ce qui est de l’approche du gouvernement, je qualifierais cette technique de censure astucieuse et informelle de ’manipulation déloyale,’ a souligné M. Brock, le rédacteur en chef de l’édition du samedi du Times de Londres.
"Si les autorités, fédérales ou locales, pensent que la liberté de la presse en Russie est ’ni meilleure ni pire qu’ailleurs’ dans le monde démocratique" (comme l’a affirmé le Président Poutine) "elles se bercent d’illusions", a-t-il fait remarquer.
"Si l’on considère globalement les libertés de la presse habituelles, on constate que la Russie s’écarte actuellement - au lieu de se rapprocher - des accords fondamentaux sur lesquels est fondée la relation entre les médias, la société et l’Etat en Europe et en Amérique."
Les orateurs russes et les membres du panel ont cité lors de cette rencontre l’ingérence du Kremlin, le détournement des subventions et des budgets publicitaires officiels, le manque de confiance du public envers la presse, la mauvaise distribution, l’incapacité d’adopter des pratiques journalistiques et commerciales professionnelles, et la domination de médias électroniques ’quasi-gouvernementaux’ parmi les multiples raisons qui expliquent la faiblesse actuelle de la presse en Russie (seulement 27 adultes russes sur 1 000 achètent un journal chaque jour). Mais ils ont également été très autocritiques.
"Le manque de confiance envers les médias a davantage à voir avec les médias eux-mêmes qu’avec le gouvernement", a déclaré Vladimir Pozner, un célèbre présentateur de la télévision. "De nombreux journalistes se sont vendus, plusieurs d’entre eux se servent dans la caisse".
Pyotr Godlevsky, le CEO du journal quotidien Izvestia, a déclaré que le "malheur" de la presse était "le manque de solidarité" parmi les éditeurs et les journalistes, qui sont également responsables selon lui de la baisse de la qualité des journaux, qui a conduit à un tel niveau de désaffection du public - 9 % des Russes seulement font confiance aux médias, alors qu’ils sont plus de 50 % à faire confiance au Président Poutine.
Andrei Richter, le Directeur du Media Law and Policy Institute à Moscou a dit aux participants que "ce n’est que lorsque les gens s’intéressent à la destinée des journaux qu’ils défendent la liberté de la presse", ajoutant : "Il est possible de lutter contre les autorités, mais c’est difficile parce que le pouvoir des médias n’est pas comparable à celui des autorités. Nous devons commencer par redresser l’autorité des médias".
Une lueur d’espoir qui indique que la "résistance" des journalistes a commencé a été donnée par Yury Purgin, CEO du groupe de presse provincial Altapress et Président de l’Association des éditeurs régionaux indépendants, l’ANRI. M. Purgin a dit que les autorités commençaient à s’apercevoir "qu’elles n’avaient pas affaire à des médias uniquement aux ordres". Citant une récente pétition signée par plusieurs centaines de journalistes pour dénoncer l’abus de l’autorité gouvernementale, il a déclaré : "Nous commençons à affronter le pouvoir et à nous défendre".
La conférence "Vers une presse libre et indépendante en Russie" était organisée par l’AMJ, le WEF et l’Union russe des Editeurs indépendants dans le cadre de la préparation au Congrès Mondial des Journaux et au World Editors Forum, les rencontres de la presse mondiale, qui sont prévues à Moscou du 4 au 7 juin 2006.
L’AMJ, l’organisation mondiale de l’industrie de la presse, qui est basée à Paris, défend et promeut la liberté de la presse dans le monde entier. Elle représente 18 000 journaux et regroupe 72 associations nationales d’éditeurs, des directeurs de journaux individuels dans 102 pays, 11 agences de presse et neuf organisations de presse régionales et internationales.
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